• Etre à l'écoute de ses enfants (ou comment les regarder se rouler par terre au supermarché en restant zen)

    Alors voilà.

    Tu le sais, ma vie bascule, ma vie change ! Il y a eu des moments très durs, et je me relève petit à petit.

    Je me relève surtout grâce à mes filles.
    Mon Crapaud, qui se pose enfin un peu et va plus vite que moi dans nos découvertes Montessoriennes.
    Mon Caméléon, plus indépendante que jamais, qui s'affirme et découvre tant de choses nouvelles.

    Je n'ai jamais autant pris le temps de les regarder, de les voir agir, s'énerver, de les accompagner aussi.

    Mes lectures, mes expériences, celles des autres, mes rencontres, tout ça a fait que j'en suis rendue là maintenant. Et j'adore !

    J'ai l'impression d'être leur guide, juste quand il le faut. Je ne crie presque plus. Je répète inlassablement les mêmes choses, hein, ça ne change pas, mais pas du tout de la même façon. Les "laisse ça à ta petite soeur !" se sont changés en "je vois que ta petite soeur n'est pas d'accord", ce qui change tout. Ca ne marche pas du 1er coup, mais au fur et à mesure, le changement est radical.

    Le Crapaud avait la fâcheuse habitude de prendre les jouets des mains de sa petite soeur, qui se mettait alors dans une colère noire. Classique.

    prendre un jouet

    ni vu ni connu

    J'ai répété avec douceur, plusieurs fois de suite, qu'il valait mieux lui demander.
    Un beau jour, le Crapaud court vers moi : "Maman ! Je lui ai demandé gentiment si je pouvais prendre son bébé et elle a dit oui !!"
    Incroyable, le Crapaud semblait découvrir qu'on pouvait demander gentiment et avoir une réponse positive... Je pense qu'elle prenait sans demander par peur d'une réponse négative, tout simplement.

    Voilà où j'en suis.
    Toute action d'un de mes enfants a une explication. Rationnelle ou non, mais il y a très souvent une raison, que nous adultes avons bien du mal à saisir.
    Pour cela, il faut se pencher, se mettre à leur place, ou carrément redevenir un enfant.

    Pourquoi je la regarde vraiment quand elle me dit "maman, regarde" ?
    Parce que je détestais quand mes parents ne le faisaient pas.

    Pourquoi je la laisse manger avec les doigts ?
    Parce que j'adorais ça, moi aussi, et je suis maintenant capable de manger avec des couverts, merci.

    manger avec ses doigts

    Pourquoi elle a le droit de donner son avis ?
    Parce que j'aurais adoré qu'on demande le mien, ça m'aurait peut-être évité d'être si timide petite.

    Pourquoi j'accepte une colère ?
    Parce que je comprends qu'elle soit triste, en colère ou déçue. Moi aussi je le suis parfois.

    Pourquoi je négocie ?
    Parce qu'on prend les décisions ensemble, certaines choses la concernent aussi, même si d'autres choses sont non-négociables.

     

    Récemment, j'ai vu une amie avec son petit garçon de 2 ans. Elle lui parlait avec douceur, lui expliquait les choses, et après lui avoir dit "Tu sais, maman voudrait être tranquille pour discuter, là, c'est important. Si tu ne fais pas la sieste, alors tu joues tranquillement tout seul. Je pourrai jouer avec toi après.", l'enfant en question est allé s'occuper seul.

    J'étais bluffée. Comment un si jeune enfant pouvait-il apparaitre si docile ?

    J'ai fait la même expérience avec le Caméléon quelques jours plus tard. J'avais une réunion avec des amies d'une association, et ce jour-là, pas de sieste. J'ai expliqué les choses de la même façon. Le Caméléon a joué toute seule pendant 1h30.

    C'est ça qui est fort. Une fois qu'on est au clair avec les besoins de l'enfant (non, on ne peut pas demander à un enfant d'être tranquille dans un magasin alors qu'il est midi et qu'il meurt de faim, par exemple !), et aussi avec les nôtres (pourquoi se forcer à jouer avec lui si on n'en a vraiment pas envie ou si on est fatigué ?), tout se fait !

    Bien sûr, il y a des trucs qui aident. Il faudra que je vous reparle des ateliers Faber & Mazlish que j'ai commencé le mois dernier, à ce propos !

    Je te conseille la lecture de l'article "Comment réagir lorsque son enfant pique une colère dans un magasin" de Madeleine Deny, auteur également des supers petits bouquins de parenting, dont "Les colères".

    livre colères

    Et puis, je te rassure, après tout ce beau discours, il y a aussi des choses qui foirent encore, hein.

    Ici, par exemple, ce sont les toilettes qui posent problème. Le Crapaud n'arrive pas à aller aux toilettes/s'essuyer/tirer la chasse d'eau/se laver les mains. Il manque toujours au moins une étape. Je ne désespère pas, on trouvera bien une solution !

    Pour finir, j'avoue tout : oui, mes filles se sont roulées par terre au Super U.
    Ca fait du bien de savoir que ça arrive aux autres, hein, sadique ?

    dragon colère

    C'est arrivé au Crapaud alors qu'elle devait avoir dans les 2 ans (le fameux terrible two...) : je venais de la récupérer tard de la crèche, elle était fatiguée, j'étais pressée, et la pauvre baguette que j'avais achetée a fini jetée par terre par le Crapaud, qui s'est jetée également par terre en se tortillant et en hurlant...
    Ca y est, tu vois bien la scène, là ?!
    J'étais très gênée, je me sentais observée, je me suis dépêchée de partir, ma fille (et ma baguette) sous le bras.

    C'est arrivé aussi au Caméléon, pas plus tard que la semaine dernière (allez, tous ensemble "le terrible two, le terrible two"...).
    J'étais zen, j'étais fun, je suis partie faire quelques courses à 11h30 (ohhh, l'erreur fatale !). Chacune avait son petit chariot, j'ai acheté deux poissons pour remplir les deux chariots, deux boîtes de mouchoirs pour les deux chariots, je sentais que je maitrisais presque la situation. Arrivée devant le paquet de 6 éponges, le doute m'envahit : non, je n'avais vraiment pas besoin de 12 éponges... Le Crapaud me suivit sur ce coup-là (ouf), et elle échangea un poisson contre les éponges.
    Jusque là, tout allait bien, et on était presque rendu à la caisse, presque.

    chariot

    le chariot


    Il manquait le pain. Ce foutu pain qui allait tout précipiter.
    Non seulement le Caméléon voulait manger la moitié du pain là-tout de suite-maintenant, mais elle le voulait dans son chariot (et le Crapaud aussi, tu l'auras compris)
    J'étais devant un dilemne. L'écoute de mes enfants, la bienveillance limitée des autres clients (et leur capacité à entendre des cris et des pleurs), le timing qu'il nous restait (plus on restait, plus la situation était tendue, et en plus, moi aussi j'avais faim).
    J'ai essayé de faire ce que j'ai pu, à dose d'explications, de négociation, de consolation et de bouts de pain découpés. Quand le Caméléon ne pleurait plus parce qu'elle avait le pain dans son chariot, c'était au tour du Crapaud de crier à l'injustice.
    On a réussi à arriver jusqu'à la caisse (re-ouf), et là, nouveau drame : il faut laisser le chariot. Autant le Crapaud, calmée, a pu le faire tranquillou, autant le Caméléon était dans un état non gérable qui rendait équivalente la perte de son chariot à celle d'un membre de son propre corps. J'ai donc pris les quelques courses sous un bras, le Caméléon en mode-anguille sous l'autre, tout en ramenant gentiment ce fucking chariot à sa destination. Il ne restait plus qu'à payer. Passer les articles un par un (oui, la bonne idée, non, la caisse rapide ?), et donc prendre la baguette des mains du Caméléon et refuser de la laisser la reprendre parce que sinon, ça bloque la caisse, sortir sa carte bancaire et finaliser le tout, avec une anguille hurlante qui nettoie le sol de manière relativement efficace.

    colère magasin

    alors, là, soyons clair, la scène est plutôt gentillette

    Ca y est, c'est fini, je récupère mon Camélélon-anguille sous le bras, je sors. Ouf, un peu d'air frais, ça fait du bien quand même !

    Installation dans le siège auto, je tente une phrase d'empathie "Tu avais très envie de cette baguette ?" mais les hurlements se multipliant par 15, je décide d'abandonner. Finalement, les cris auront duré 2'53 et quelques minutes après, le Caméléon, avec encore des larmes au coin des yeux, me fera un énorme sourire.

    Ca m'impressionne à chaque fois. On est dans une situation extrême, j'ai l'impression de foirer un truc et que mon enfant le supporte très mal, et ça finit (au bout d'un moment, quand même) par un sourire.
    Je crois que j'ai l'impression que c'est horrible. Enfin, ça l'est sans doute pour elles, mais disons que je fais de mon mieux. Je gère comme je peux, et c'est déjà pas mal. Après tout, l'important est d'être à l'écoute, non ?

    En tout cas, la différence avec la 1ère fois, c'est que je n'ai pas regardé si les gens me regardaient. Je faisais au mieux, pour mes filles, pour moi.
    Je n'étais pas forcément à l'aise (qui l'est dans ces moments-là ?), mais je savais que je faisais au mieux, en accompagnant mes filles dans cette expérience-là.

    Alors, quand est-ce qu'on retourne faire les courses ?!

    « Montessori entre soeursSusciter la coopération chez l'enfant (ou la revanche du supermarché) »
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  • Commentaires

    1
    edelweiss33
    Samedi 27 Avril 2013 à 22:16

    Moi je dis vive le "drive" !!!

    Puisqu'on court après le temps, j'ai décidé que je ne prendrai (perdrai) plus mon temps pour faire les courses avec mes ptits loups !!!

    Beaucoup de stimulations et au final beaucoup de frustrations inutiles! A ce sujet, je recommande la lecture de Filliozat, et notamment le "J'ai tout essayé" (Perso, je dirais qu'il ne faut pas s'arrêter au titre !!)

    Pour te rassurer, non je ne crois pas que la colère de l'enfant soit horrible, je crois que c'est une manifestation qui reste salvatrice pour eux! La preuve comme tu dis, c'est que le sourire revient toujours spontanément :)

    Peut-être parlais-tu de la frustration qui a engendré cette colère ??

    C'est peut-être le phénomène du "biscuit cassé"...

    Et là, je renvoie à une autre auteur sur les pleurs et colères des petits : Aletha Solter. Tu connais peut-être ... en tout cas ces diverses approches de la parentalité apportent leur ptit bout de réponse et parfois rassurent (ou inquiètent!) Merci pour ta référence de bouquin, j'en prends note, je ne connaissais pas.

    Bonne continuation dans ce passionnant chemin :)

     

    2
    Lundi 29 Avril 2013 à 10:09

    Le genre d'articles (et de références bouquins, activités et autres) que je garde précieusement dans un coin de mon esprit pour quand mon Tibiscuit sera là (bon ok et un peu plus grand aussi forcément), merci!

    3
    Dimanche 5 Mai 2013 à 11:44

    Merci pour ce partage d'expérience! Et merci de me citer!

    A bientôt... sur mon blog peut-être?

    http://situveuxjouer.com/

    4
    Dimanche 5 Mai 2013 à 12:42

    Edelweiss, les courses par internet, c'est pas mon truc, mais c'est pratique ! Là, ce n'était tout simplement pas le bon moment...
    En même temps, pour moi, c'est un joli exercice que de se confronter à la réalité (bon, pas tout le temps, hein), aux frustrations justement. Le Crapaud n'a jamais fait une crise pour un truc dans un magasin, elle sait que c'est souvent "non", on s'en tient à la liste de courses !

    Oui, je connais Filliozat ("J'ai tout essayé", une bible !! que j'offre maintenant en cadeau de naissance :-) )
    Et Aletha Solter aussi, des écrits plus difficiles à lire, mais ses 20 alternatives à la punition sont très chouettes (ça, ça ferait encore un article ! )

    Je ne parle pas de la colère horrible de l'enfant, je parle surtout de ma réaction à moi : j'ai du mal à l'entendre hurler et pleurer (même pour déverser, se défouler, etc), et c'est surtout dans ces moments-là que je perds mes moyens, je trouve.

    Mais oui, ce chemin est passionnant !!

    Hélène, c'est très chouette de s'intéresser à tout ça avant la naissance, ça te permet de t'interroger. J'aurais bien aimé avoir fait ce cheminement avant la naissance du Crapaud moi aussi...
    Et, tu verras, Tibiscuit saura très rapidement vous faire découvrir tout ça (eh, y'a pas de raison ;-) )

    Madeleine, je suis avec bonheur Si tu veux (jouer), j'ai même eu la chance de découvrir la charmante boutique de jouets en décembre dernier (j'en parlais ici) et j'y retournerai avec plaisir. Depuis, j'ai aussi découvert les bouquins. Bref, j'adore !

    5
    Lundi 6 Mai 2013 à 09:04

    Donc on se connaît ! Le passage dans votre billet sur le supermarché  est fort.Il faut aussi s'étonner que, quand une mum est dans la mouise avec ses mouflets, personne dans la queue n'ait l'idée de lui filer un petit coup de main, du genre  la faire passer devant tout le monde, l'aider à vite ranger ses courses dans son sac… Ah l'entraide, les gens n'y pensent pas, et ça aide tellement à régler ces petits soucis de la vie de tous les jours .  

    6
    Vendredi 10 Mai 2013 à 18:35

    C'est tout à fait ça ! L'entraide, surtout pas, on ne se connait pas, et éventuellement, on ferme les yeux et on plaint cette pauvre maman qui ne s'en sort pas avec ses mômes !
    Ce serait tellement plus simple sans jugement et avec entraide, effectivement...

    7
    Agnès Montessori
    Mardi 4 Juin 2013 à 20:02

    j'ai ri aux éclats (merci merci !) en lisant ta description fort détaillée et humoristique malgré tout de cette séance supermarché.

    Moi aussi suis du style à penser que les magasins ne sont pas de lieux pour les enfants. Mais effectivement, là n'était pas le problème au moment de cette "crise".

    Agnès

    8
    Mercredi 5 Juin 2013 à 22:12

    Merci pour ton commentaire, Agnès !!! Si en plus je t'ai fait rire, c'est encore mieux !
    Les filles viennent rarement faire les courses avec nous, mais parfois... Après, il y a une différence entre galerie marchande bruyante, et petit magasin bio (le Crapaud adore prendre le vrac) !

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